Suivre le fil RSS

«

»

fév
20

PROTAGORAS

Communiquez? A condition que se soit à des fins utiles et éducatives, dit Protagoras.
Dans le texte ci-dessous, nous pouvons jeter un coup d’oeil sur sa pensée et voir ou deviner qu’elle est de notre temps et toujours très actuelle. Il emploie une communication axée sur la necéssité de s’appuyer sur des choses réelles et concrètes afin que nous puissions évoluer vers ce rôle de citoyen (du monde) qui parle à la fois de son engagement à défendre ses idées et son souci à les rattacher au « ici et maintenant ». Quand je relis le texte et que je découvre des points de convergences à mon métier de formateur technique, je me dis que je me dois d’insister encore plus sur le rôle du langage en temps qu’intermédiaire naturel entre ce que je pense pouvoir faire et la description de ce que je peux faire. Il en va, comme Protagoras dit, de la reconnaissance de son utilité et, en passant, de celle de notre personne.

 « PROTAGORAS »

Localisation :

De 492 A 422 AV JC/ Thrace-Mer Égée ; Athènes ; Sicile.

CV:

Homme/ Né dans une famille d’extraction modeste/ Exerce un métir manuel/ Professeur itinérant/Doit quitter Athènes suite à un procès pour impiété/ Ses ouvrages sont brûlés en place publique.

Tuteurs :

Periclès ;

Ses œuvres ou actions menées :

1. Il apporte au langage une utilité et une beauté qu’il ne possédait pas à l’époque :
« Méprisé par les traditionalistes, suspect aux conservateurs, écrasé par Platon et Aristote, le sophiste a soulevé l’admiration des foules et fait courir vers lui toute une jeunesse dorée en quête d’instruments de réussite sociale, en particulier par la prise de la parole ».
2. La parole─ dans sa relation éducative─ sonne comme une considération hautement louable pour se différencier des autres espèces de vie :
« C’est chez Protagoras, que l’on trouve le célèbre mythe d’Épiméthée et de Prométhée, source de la nécessité éducative. Quand les dieux modelèrent les espèces mortelles en mêlant la terre et le feu, ils confièrent à Prométhée et à Epiméthée de distribuer à chacune les facultés qui convenaient avant de les laisser aller à la lumière.
 Epiméthée, après avoir persuadé son frère de lui laisser faire le travail, distribua les facultés en répartissant les forces et les faiblesses de façon à éviter l’extinction de chacune. Manquant d’instruction, de sophia, Epiméthée gaspilla les facultés en faveur des espèces privées de raison. Tant et si bien que l’espèce humaine se retrouva dépourvue d’avantages. Prométhée, chargé de l’inspection, vit tout de suite que l’humanité, elle, se retrouvait sans chaussures, sans lit et sans armes. Il déroba alors la science artiste à Héphaïstos et à Athéna (qui la pratiquaient clandestinement), ainsi que le feu, et il en fit don aux hommes.
 Zeus punit Prométhée pour vol, mais les hommes, eux purent compenser leur nature déficiente grâce aux outils techniques, à condition que l’éducation assure la transmission et la réappropriation par chacun de ces outils ».
« Utilisons les dons de Prométhée et laissons les dieux dans leur monde ».
3. Communiquer sur des choses concrètes et vérifiables éloigne de nous un discours un peu creux et pauvre en sens souvent assimilé à des allégories sans fondement réel et sérieux:
« Pour Protagoras, chacun est appelé à participer à la chose publique. (…) Par son enseignement, il entend former de futurs citoyens à la positivité scientifique et à l’instrumentation technique, notamment par la parole dont l’usage doit être maîtrisé dans une société ».
« Nous devons nous en tenir aux certitudes positives, vérifiables par tous, exploitables par chacun ».
4. Par des mots propres à nous ou par d’autres que nous nous sommes appropriés, nous avons la possibilité d’améliorer notre quotidien et de nous forger des objectifs de Bien-être qui ne nous sont pas toujours imposés par quelque chose ou quelqu’un.
« La vérité des choses se trouve ainsi en l’homme plutôt que dans les choses elles-mêmes. Ce qui signifie ceci : l’être des choses n’est pas à chercher au-delà du paraître (dans un monde des Idées par exemple, comme le posera Platon). L’être du monde est tel qu’il apparaît à mes sens, et selon qu’il leur apparaît. L’être des choses consiste en un apparaître dont le sujet humain est la source. C’est pourquoi la connaissance devient, quant à elle, une affaire de relations dans un contexte donné (normal, anormal ; en fonction de l’âge et des dispositions). L’homme devient le seul critère de ce qui existe ».
5. Le langage que nous tenons se doit d’être utile au risque de paraître singulier. S’il ne l’était pas, il serait vide de vérité ! :
« La chose, pour Protagoras, c’est plus particulièrement la chose dont on se sert, celle qui est utile. (…). Les opinions se manifestent selon les circonstances et se régulent selon le critère de l’utilité.
Dès lors, quel est le but et le moyen de l’éducation ? Le langage. Le langage est la pièce centrale de l’équipement humain, un outil d’une puissance multiforme, un instrument d’action et de transformation des hommes. Il eut grand soin de la grammaire en tant que, par elle, la parole prend force et devient le langage de tous. Éduquer, c’est apprendre à maîtriser la parole et à se montrer le plus convaincant dans la discussion, en déployant tous les moyens de l’éloquence et toute la technique du discours. Cela suppose que l’on soit capable de rallier les autres, c’est-à-dire en fin de compte de poser des affirmations et des décisions généralisables ».
http://www.fabert.com/pages/pedagogues_de_l_antiquite_protagoras.php>
 
Choisir sa communication: une histoire de vécu.
Se poser la question du « comment communiquons-nous? » ou de comprendre comment nous percevons  le langage d’autrui est essentiel pour exister. Surtout,  de savoir que nous ne  tirons pas entièrement notre salut de notre communication avec nos semblables mais aussi et souvent avec toute éspèce de vie qui nous entoure peut sembler incongrue:  Avec la Nature et ses composants, entre nos sociétés multiculturelles, nos conversations avec nous-même (conversations intimes, méditations, promenades intellectuelles, réflexions…).
Par rapport à cela, existe-t-il un langage « du coeur » à coté de celui de la raison? Un langage qui permettrait de s’approprier des valeurs, des concepts sans mine de rien? Simplement en étant en contact avec, par exemple en touchant le tronc d’un arbre et en levant notre regard vers sa cime ou en regardant un beau paysage ou tel ouvrier façonnant le bois avec le regard perdu dans sa tâche? Quel souvenir d’enfance lui vient-il en mémoire? Que ressent-il?
Ainsi sommes nous en mesure de percevoir d’autres langages que le nôtre et celui des arbres en particulier. Un langage qui vient du plus profond de nous et qui, si nous l’écoutons, nous permettra de  transmettre à nos concitoyens et à nos collègues de travail des notions que Protagoras avait déjà eu il y a plus de 2500 ans.