LE FORMATEUR ET SON PAIN QUOTIDIEN
Formateur n’est pas un métier en soi. Il n’a pas de secteurs d’activité ou de conditions de travail spécifiques. Par contre, il a des lieux où il peut exercer. Exercer quoi? Il n’a pas de métier sur lequel il peut ronger son os, ou plutôt, il en a de nombreux. Il peut, par exemple, être menuisier, enseignant, secrétaire, employé ou toutes ces choses dont nous faisons notre quotidien. D’ailleurs, le fait de dire, dans nos prières: « …donne nous notre pain quotidien… » n’est-il pas significatif de cet état d’esprit qui devrait nous animer et qui veux que « former » s’adresse à toute personne éprouvant le besoin de partager quelque chose? On parle alors de transmettre. Vous voyez? Nous avons tous un coté formateur en nous! Parfois, nous avons des moments où nous n’arrivons pas à dire ce que nous aurions envie de dire car nous ne savons pas comment le dire et d’autres fois, c’est le monde extérieur, celui qui nous entoure, qui n’arrive pas à se mettre à notre hauteur. Tout se passe donc comme si notre personne, par le prisme de notre regard, est le centre du monde. Pour faire converger notre désir de partager avec celui des autres, la société met à notre disposition des moyens et des outils qui ont pour noms: formations, qualifications, diplômes, certifications, attestations, et autres évaluations qui se terminent en « ions » ou par quelque chose de ressemblant. Souvent, cela suffit à pouvoir transmettre mieux ce dont notre pain quotidien est fait. Mais (car il y a toujours un mais), parfois cela demeure insuffisant au regard de ce que nous pensions pouvoir faire car un sentiment ou une sensation plus forte, plus persistante s’est imprégnée dans notre tête. Le sentiment de ne pas avoir trouver le » juste » milieu entre notre aspiration première et les « ions » que nous avons digérés, pris pour nourriture, pour ainsi dire.
Et puis, est-ce important d’y prêter attention, à ce sentiment? A cette sensation qui nous alerte, intimement, que quelque chose n’est pas comme il faut? Et qu’est ce que cela peut-être, dirais-je, si jamais nous relevons le défi de vouloir en savoir plus à ce sujet. Un quelque chose qui se manifeste, ou pas, qui est là sans prévenir et sans dire quoi que ce soit et sans s’imposer à notre vue que par sa seule condition d’exister. Dans le temps, au fil des ans, encore et toujours il se manifeste à nous si l’envie lui prend et nous fait savoir son désir de paraître au grand jour. Car il faut laisser à ce sentiment, sa liberté d’expression! Cela est ma certitude de formateur attentif aux choses de la vie. C’est une question de sens. De bon sens, même. Nous sommes sollicités par notre environnement presque sans interruption et avalons sans compter des informations sans cesse renouvelées, toujours utiles, jamais de trop. Nous construisons avec, notre parcours de vie et professionnel. Nous filons un bon coton et ne nous soucions pas trop de ce que notre petite voix intérieure pourrait nous dire, sauf, sauf? … quand nous sommes inexplicablement en phase avec elle: c’est alors tellement merveilleux que notre cœur se met à chanter. Ou quand nous avons un problème plus grave sur les bras et que nous nous disons: « M…, j’aurais mieux fait de m’écouter… ». Question de sensibilité. Mais toujours lié au sens que nous donnons à ce que nous vivons.
Apporter nos propres revendications dans une formation, un travail ou une tâche n’est pas un luxe mais une nécessité qui doit être basée sur ce sentiment intime et personnel que c’est « juste » ce qu’il nous faut, ce qu’il fallait faire à ce moment là. Je ne saurais comment l’appeler. Mais il m’appelle et j’essaye de répondre à son appel de mon mieux. Cela me demande parfois du courage, de l’abnégation, de la persévérance et du renoncement à certaines choses mais m’apporte aussi des instants de satisfaction intenses, une communion d’esprit et de corps propre à dynamiser mon action, à assumer mes choix et à les promouvoir. Par cette façon d’être à notre écoute et de respecter les choix de vie de notre entourage- si nous nous écoutons, nous respecterons naturellement les autres- nous pouvons être tous, des formateurs et transmettre des valeurs qui nous tiennent à cœur. Mais aussi et surtout être des professionnels compétents et reconnus dans notre secteur d’activité.
Mais voilà que je parle d’éthique. De se former à une éthique professionnelle. Est si l’éthique vise à répondre à la question « Comment agir au mieux ? », nous devons aussi découvrir quel est l’élément central pouvant la constituer. Se former…à l’éthique? Il n’y a pas de honte à cela, si cela est possible. Mais voilà que j’ai lâché le mot! « Honte ». Élément central pour moi pour parler d’éthique. Mais rapidement, hein?
Ou plutôt non, je vais en rester là et continuer à reparler de ce mot si joli et si sonore (et tic!) dans un article consacré entièrement à lui.